Manon Laporte: « il faut sensibiliser les jeunes à la culture »


Dans une tribune récemment publiée dans le Huffington Post, Manon Laporte, conseillère régionale en Île-de-France chargée de la culture dans les lycées, s’interroge sur les dangers que représentent une surexposition des jeunes à la télé-réalité. Entretien.

Dans votre tribune, vous évoquez les problèmes liés à la télé-réalité qui envahit aujourd’hui nos écrans.
Je pense que c’est un problème global. D’abord vous avez un problème de sous-culture. Moi-même je suis maman de deux ados et je vois que quand je rentre chez moi, la première chose qu’elles font c’est d’allumer la télévision pour regarder Les Marseillais. C’est très compliqué finalement d’éteindre la télévision et de leur dire : il faudrait regarder autre chose que de la télé-réalité.

Au-délà de ça, vous parlez aussi des abus des boîtes de production.
C’est un problème de culture pourquoi. Parce que je pense que ce ne sont pas des programmes adaptés aux jeunes générations. D’autant que les boîtes de production utilisent les candidats pour abuser d’eux. C’est presque un abus de faiblesse en terme juridique. Mais en tout cas c’est lié, parce que les boîtes de production les utilisent pour vendre. Elles transforment ces jeunes en produit de consommation.

Sauf que là on ne touche plus vraiment au domaine public.
Mais ça veut dire qu’il faut travailler en amont. Et c’est là, en tant qu’élue que je peux agir. La région a compétence seulement sur les lycées. Et ce que je voudrais c’est que dans tous les lycées, dans les zones rurales comme dans les zones urbaines, on diffuse de la culture. C’est très bien de leur permettre d’aller à l’opéra ou au théâtre de la ville. Mais surtout il faut leur donner envie d’y aller. Avec le FRAC [Fond Régional d’Art Contemporain] on a un certains nombre de dispositifs.Dans un premier temps, c’est dans le temps scolaire. Et c’est aux jeunes ensuite de revenir. Finalement on leur donne et ensuite ils peuvent venir tout seul. C’est de la sensibilisation accrue pour qu’ils aient eux-même après les réflexes.

Quels seraient les dispositifs ? Le conseil régional a déjà débloqué des fonds ?
Quand j’ai pris mon poste, je me suis dit, je vais aller diffuser tous les dispositifs de la culture. Ils existent déjà comme le prix littérature, ce sont des auteurs qui viennent dans les lycées parler de leurs oeuvres. Je suis là pour présenter aux acteurs les dispositifs et les intégrer dans toutes les classes. Mon objectif c’est aussi de créer des partenariats entre les lycées et des associations ou par exemple des théâtres. C’est aussi une vision territoriale qu’on a.

Une fois qu’on a donné goût à la culture aux élèves qu’est-ce qui nous permet de leur dire la télé-réalité c’est de la sous-culture ?
Il n’y a pas de bonne et de mauvaise culture. Tout est culture mais je pense que cette culture aboutit à une victimisation. En réalité oui ce n’est peut-être même pas de la culture. C’est du buzz. On aime être vu et reconnu. Et c’est un danger, parce que ça donne des gens qui peuvent tomber dans la dépression.

Mais là on parle de la télé-réalité telle que vous l’évoquez dans votre tribune (Les Anges, Les Marseillais) mais d’autres émissions existent, comment fait-on la différence ?
Non mais le meilleur pâtissier par exemple ça apporte quelque chose. Et puis là les candidats ne sont pas assujettis au producteur. On ne leur demande pas de vendre un produit. Mais reprenons sur la dépression. On a bien vu le cas Loanna qui est passée de l’ombre à la lumière avant de redevenir quasiment rien. On doit faire attention aux conséquences. On peut évidemment sensibiliser aussi dans les boîtes de production. Mais je pense que si on apporte de la culture aux jeunes, on peut baisser les audiences de la télé-réalité. Et forcément, ils vont être obligés de s’adapter.

C’est pas un peu utopique ?
Ça va prendre plusieurs années, je suis d’accord. Mais il faut prévenir aux dangers de la télé-réalité.

Vous pensez qu’on n’en parle pas assez ?
Oui. Mes filles me disent toujours que ça les détend. Mais l’Etat ou nous-même on devrait faire une étude. Pour mesurer, pour savoir combien d’ados regardent ces programmes et quel est l’impact psychologique sur eux. Et je trouve qu’on n’en parle pas suffisamment et qu’on ne dénonce pas les dangers. On ne s’en prend pas non plus aux producteurs. Ils sont complètement protégés.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s